Die To Live (interview en français)


Hello hello ! Voici une interview de Die To Live, groupe de Rouen avec William Deligny qui a sorti un nouvel album cet été. Un extrait de l'interview a été publié dans le Kripa Magazine #2 et elle sera aussi publié dans le prochain zine Go Ahead! #6 à paraitre début 2027 ;)


Die To Live (DTL) s’est formé en 2021 à Rouen et le groupe a sorti son premier album en 2023. Deux nouveaux albums sont toujours en production avec Yamuna au chant mais c’est maintenant avec une nouvelle chanteuse que le groupe continue ses compositions et concerts live. Actuellement la composition du groupe c’est :

Rasa Lila au chant

Gopal à la batterie

Gauravani pour le synthé

William (Damodar Swami) à la guitare.

Donc je voyais que dans votre groupe il y a comme trois générations d'âge. Il y a toi, William, qui est un ancien de la scène des années 80. Est-ce que tu peux nous présenter un peu d'où tu viens, c'est quoi tes influences musicales et ce qui t'a amené à la musique ?

Willy : Oui je n’ai pas loin de 60 ans. Donc mes influences, c'est quand j'étais jeune, j'écoutais pas mal de groupes hard rock, tout ça. Puis après du punk, et quand je suis devenu skinhead j'ai écouté de la oi!. Comme je suis tombé beaucoup dans la violence et la haine, après j'ai été vers la spiritualité. Je n’ai plus écouté beaucoup de musique pendant un moment, parce que j’avais besoin de faire un peu le vide à l'intérieur. Et puis avec le rock, c'est une musique qui m'a amené à devenir violent à l’époque, parce que c'était un support de la violence. Donc voilà après c'est vrai que j'écoutais un petit peu des groupes comme Shelter, Baby Gopal, Matchless Gift, mais pas grand-chose après.

Mais en fait on n'arrête jamais de faire de la musique, puisque moi, j'étais guitariste dans certains groupes, comme Evil Skin, Teep’n’teepatix et d'autres trucs aussi. Et donc j’ai racheté une guitare et j'ai commencé à composer. Avec l'idée que, au lieu de propager des idées de haine, pourquoi ne pas propager de l'amour ? Et essayer de toucher des jeunes pour qu'ils sortent de la violence. Donc j'ai fait Dayal Nitai à l'époque, mais ça n'a pas été facile. Avec mon passé, tout ça, j'ai été heurté à un mur parce que personne ne voulait me faire jouer. Ils avaient peur que ça fasse des histoires ou des protestations tout ça. Et après, on a fondé Die To Live. Et là ce n'était pas moi qui chantais donc déjà le chant c'était mieux hahaha. C'était Yamuna qui chantait à l'époque, elle chante très bien. Mais on a évolué avec la nouvelle chanteuse dans une formation plus rock.

Donc la première chanteuse, c'était Yamuna. C'est ton épouse, Gopal c’est ça, et Gauravani c'est votre fils. Il y a une ambiance familiale aussi avec Die To Live, et c'est encore plus vrai si on regarde que le groupe a pris naissance au sein d'une communauté monastique, dans laquelle vous appartenez tous. Donc il y a ce côté famille. Est-ce que pour toi Gopal, c'est quelque chose qui t'inspire à faire de la musique dans cette ambiance ? C’est quoi ton parcours musical personnel ?

Gopal : Oui j'ai commencé la batterie à l'âge de 9 ans. J'avais un professeur de batterie qui était un jazzman, la soixantaine, c'était un vieux roublard. J'ai vu beaucoup de techniques de jazz au départ, mais à un moment donné, j'en ai eu marre, j'ai pété un plomb. J'ai voulu arrêter et je me suis mis dans un groupe d'accordéon à la batterie hahaha. C'était mes débuts, j'étais batteur à 12-13 ans dans un groupe d'accordéon, et ensuite on m'a proposé de jouer dans un quintet de jazz sur Rouen. Je fais partie de la génération qui écoutait Skyrock à l'époque. Beaucoup de rap et très fermé. J'écoutais que ça, du rap. Et un jour un copain qui faisait du rock est venu me voir en me disant, est ce que ça te dit de jouer dans mon groupe ? « Ok, j'ai dit, moi je ne suis pas du tout rock ». Il m'a fait écouter et j'ai accroché et c'est comme ça que je me suis intéressé à autre chose que le rap. J'ai commencé à écouter vraiment tous les styles de la chanson française. Vers 18-20 ans j'ai arrêté de jouer. Et j'ai rencontré William en 2014, je suivais le groupe Dayal Nitai parce que je connaissais le batteur à l'époque. J'avais des connaissances pour sonoriser des groupes et j'ai commencé à les suivre sur les quelques concerts qu'ils faisaient. Ils avaient un club à l'époque, le clubhouse de Ahimsa Non-Violence. Donc une fois par mois j'aidais à sonoriser le groupe. Et puis leur batteur est parti et William m'a proposé de prendre le relais. C'est comme ça que j'ai atterri dans ce groupe.

Et toi Gauravani à quel âge tu as commencé à jouer ?

Gauravani : J'ai commencé, je devais avoir peut-être 7 ans. Avant, c'était Arjuna qui faisait le synthé. Il y avait Harini à la basse aussi. Mais c'était un autre groupe qui s'appelait Bliss.

Et là, tu as quel âge maintenant ? Est-ce que tu composes pour le groupe ?

Gauravani : Là, j'ai 16 ans. C'est William qui compose. Et je propose des idées aussi, pour essayer d'améliorer le son.

Rasa Lila tu es la nouvelle chanteuse qui sera sur les deux prochains albums à paraitre. As-tu une formation musicale ? Comment tu es arrivé dans ce groupe ?

Rasa Lila : Je dirais que j'ai toujours eu une certaine affinité avec la musique. Parce que j'ai toujours chanté, même si c'était dans ma chambre ou avec mes sœurs. J'aimais chanter, au début, c'était les Disney, après, il y a eu Alizé, j’ai eu plein d'influences musicales dans toute ma vie. Mais je n'ai jamais eu l'opportunité de développer ça. Après quand j'étais au collège, il y a eu Simple Plan, au lycée Linkin Park, Green Day, Paramore, tout ça. Mais en fait j'ai pu vraiment commencer à m'exprimer quand je me suis mise à chanter des kirtans, les chants traditionnels indiens. Pour la première fois, je jouais d'un instrument et je pouvais laisser exprimer ma voix à travers le kirtan. Ça a eu une grande influence dans toute mon expérience musicale. Je n'ai pas eu de formation véritablement en musique. Mais c'est quelque chose qui m'appelle. Aujourd'hui je prends des cours de chant.

Pour les chansons que tu écris, c'est quoi qui t'inspire ?

Rasa Lila : Il y a plein de choses. C'est en fonction de ce que je vis sur le moment. Mais c’est toujours en rapport avec développer une vie intérieure, avec ses qualités ; d’ajouter quelque chose de plus à notre vie. Parce qu'aujourd'hui, on court beaucoup après des bonheurs temporaires qui n'ont pas de substance. Et finalement, on oublie que c'est en se tournant vers cette vie intérieure qu'on pourra véritablement être heureux. Donc les paroles qu'on écrit visent toujours à développer ça. Rappeler qu’il y a quelque chose d'autre en fait dans cette vie.

William : En fait, ce qui est important dans notre démarche, c'est d'amener un support qui est puissant. Et avec un message d'amour, c'est très important. Parce que, déjà, c’est ce qu’on partage dans notre vie, on vit tous ensemble, on s'entraide, et on dépasse aussi nos limites. Et c’est ce travail-là qu’on exprime, c’est apporter des clés aux autres pour évoluer. Et c'est ça notre message : Die To Live. Ça veut dire « mourir pour vivre ». Mourir à notre fausse identité pour devenir la personne que nous sommes profondément. Donc, rien que le titre du groupe, il exprime notre vision, notre action et notre but.

Oui voilà, il y a toute une démarche qui ne se réduit pas juste à un groupe et à de la musique, mais il y a plein de choses qui sont autour avec toutes les activités de Ahimsa Non-Violence. Et tout le travail de vivre en communauté au sein d’un monastère aussi.

William : En fait, à la base, c'est le groupe d'Ahimsa Non-Violence, du Motorcycle Ministry. On a trois distributions de nourriture par semaine et on fait des spectacles pour unir les gens, pour la paix. Donc ce groupe à la base il est né pour ça.

Et avec les concerts de DTL vous animez les Rencontres Ahimsa mensuelles c’est bien ça ?

William : C’est vrai. On est très engagés dans cette vie quand même, et malheureusement on n’a pas le temps de faire d’autres concerts. A un moment il y avait un tourneur qui voulait nous faire jouer mais moi je n'ai pas vraiment le temps. On s'occupe de gens qui souffrent. On a beaucoup de choses à faire. Donc, voilà, c'est juste un support. Bien sûr, il y a une communion qui est très forte entre nous, quand on joue. C'est comme une méditation, c'est une communion, c'est très fort. Et voilà, c'est un moment de partage à travers nos rencontres. C'est surtout ça. Et c'est vrai que tous les groupes qui immergent d’Ahimsa Non-Violence, comme Ashesha avec son rap, c'est le même état d'esprit. On est là parce que c'est la famille. On fait vivre la famille à travers notre musique. Et c'est très important. C'est comme un cœur qui bat, en fait, et qui s'exprime. Et aussi parce qu'on a une vie spirituelle qui est quand même traditionnelle. Dans la philosophie indienne, c’est une vie où on se lève tôt le matin, on médite, on a une philosophie de vie. C'est une façon aussi d'apporter un soutien à cette vie avec une alternative. Au lieu d'avoir des bhajans traditionnels indiens, on fait du rock'n'roll. Et ça, c'est top. Et les gens qui ne partagent pas notre mode de vie, ça les touche. Parce qu'on a affaire à des religieux qui sont sectaires, qui pensent qu’eux seulement ont la vérité. Et souvent, ils bannissent le rock, car pour eux c’est comme Satan. Nous, on engage cet aspect violent pour l'amour. Et pour nous, c'est très important. Parce que quand on se réunit autour du rock'n'roll, de cette communion, ça nous fait vivre un espace avec la spiritualité qui est complètement différent et qui renforce notre foi et notre famille. C'est très important. Ça vient du désir de faire partie de cette grande famille qui est l'humanité, c'est très important.

C'est vrai que c'est une bonne manière pour toucher d'autres personnes aussi et amener un message spirituel à des personnes de tout horizon.

William : Après, ce n'est pas facile. En France, quand tu parles de non-violence, quand tu parles de spiritualité, les gens sont très peu attirés. Mais ce n'est pas grave. Il faut le faire. C'est ça le plus important.

Ok donc vous avez déjà un album de sorti et plusieurs en préparation. Pour le style de musique j’ai toujours eu du mal à coller une étiquette sur votre musique, on pourrait dire pop-rock ?

William : Je ne sais pas, des fois, c'est quand même un peu plus hard rock. Il y a des trucs de metal, il y a des pointes de punk. C'est un mélange, quoi. C'est vraiment un mélange. Le premier album « Age sombre », on est plus pop là-dessus, quand même. C'est plus gentil. Mais le dernier est plus dur, déjà. Ce qui est intéressant dans ce groupe, c'est le message. Disons que c'est un message subtil. Nous, on est très respectueux des idées des autres. Et on n'aime pas imposer nos idées. C'est notre nature. Les gens viennent, les gens repartent. Ils ne sont jamais accostés, dérangés. Et ça se ressent dans notre façon de composer les paroles, que ce soit moi qui compose, ou quand Yamuna aussi écrivait, ou Rasa Lila qui écrit maintenant. On a toujours amené une subtilité spirituelle sans vouloir bourrer le crâne des gens. C'est ça qui est bien. Ça veut dire que quelqu'un peut penser que c'est une histoire d'amour. Un autre va percevoir les choses différemment. Chacun peut l'interpréter à sa façon sans être dérangé. C'est ça l'idée. L'idée c'est d'unir. Et pas de prêcher sa vérité, ce n'est pas notre truc. Nous on aime la liberté, on aime le respect.